Allya Trametemps [Troisème (et dernière ?) Partie]
Astranaar, de nos jours, au début de la soirée
Un hippogriffe arrive, il porte une Elfe qui saute de son dos aussitôt la bête posée. Une Elfe qui court vers l'auberge et passe en coup de vent, ignorant le salut de ses pairs, ignorant
l'aubergiste qui tente de la retenir et de lui parler, ignorant même la chasseresse et ses familiers qu'elle apprécie tant. Elle se contente de bondir sur la passerelle menant aux étages et arrive
en haut du bâtiment en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Là, enfin, elle s'arrête. Elle reste comme figée par la vérité criante de l'image, alors qu'elle pensait possible que lui mentent
les mots. Les mots de cette lettre, reçue la veille, au soir tombant.
Dans la pièce sont trois lits, l'un d'eux est occupé, un Elfe au yeux caves, portant un impressionnant bandage, récent dirait-on, mais qui laisse percer des couleurs effrayantes de maladie
incurable. Il respire, la question est de savoir pour combien d'heures encore. Derrière Allya, puisque c'est elle, arrive l'aubergiste, exténuée. Elle jette un regard au druide qui veille le
convalescent. Puis sans dire un mot, sans un signe, elle redescend, suivit du druide qui se permet tout juste de poser la main sur l'épaule de la guerrière en sortant, un geste de soutient, de
pitié, de réconfort. Une parcelle de chaleur dans un monde qui se glace, pour un cœur qui aurait tant voulu mourir déjà...
S'approchant du lit, elle laisse tomber son casque sur le sol, pose ses armes sur les couches voisines. Elle s'agenouille dans un bruit de métal. C'est un geste dépourvu de douceur, un geste
d'abandon, mais toujours marqué par la grâce de son peuple, même face à la mort. Elle retire ses gantelets de maille et arrange les cheveux de celui qui agonise sous ses yeux, geste machinal,
familier, une illusion de normalité aux portes de l'oubli. Elle prend ainsi quelques minutes pour inspecter les pansements, éponger la sueur de la fièvre, arranger les plis de la robe en lambeaux
que porte le mourant.
Enfin elle se lève, puis commence à retirer sa lourde armure pour revêtir des vêtements plus confortables, illusion encore, alors que son univers s'effondre et que l'espoir la quitte petit à petit,
toujours un peu plus, à chaque fois qu'elle expire... Remontent alors les souvenirs.
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3 siècles auparavant, Quelque part dans Reflet-de-Lune
Deux Elfes sont assis au bord du lac, au dessus des chutes. Lui est un druide, ses yeux d'or brillent d'un éclat d'intelligence et de malice. Elle a les cheveux d'argent, du même argent que son
regard. Elle sort de sa bourse un objet enveloppé dans du velours sombre. Un objet sphérique. Elle le lui tend. Intrigué, mais visiblement excité, il prend l'objet et le déballe avec précaution et
respect. Il reste ébahi un moment devant le présent, de même que tous les druides alentours lorsqu'ils le virent. Ils ne purent s'empêcher de sourire devant l'amour de la "tante" pour son "neveu"
et devant la valeur du présent qu'elle venait de lui faire...
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250 ans plus tôt environ, Quelque part au pied de Teldrassil.
Allya, vêtue seulement d'un pantalon de cuir et d'un tunique de lin, sortit de l'eau la première. Elle prit le temps de respirer l'air pur du lieu et de sentir la terre sous ses pieds nus. Enfin
elle s'avança. A sa suite sortit de l'eau un druide qui reprit sa forme normale aussitôt à terre. Il leva la tête, toujours impressionné par la hauteur de Teldrassil, le refuge de son peuple, puis
reporta son attention sur Allya. Celle-ci se dirigeait vers deux arbres situés au fond du bout de terre qui émargeait de la crique.
"Où sommes-nous ? risqua Aloon
- A quelques minutes de nage de Rut'Theran, répondit Allya sans prendre la peine de se retourner.
- Et que venons-nous faire ici ?
- Viens voir."
Il acquiesça et contourna les arbres. Il trouva alors Allya agenouillé devant une cavité, dont elle était en train d'extirper un coffre. L'ouvrant, il put apercevoir un fouillis de reliques, dont
Allya extirpa une lame courte qui aurait pu être neuve si son reflet ne semblait renvoyer à qui le regardait un jugement vieux de plusieurs millénaires.
"Qu'est-ce qui est écrit ?
- C'est la teneur de mon serment.
- Je vois. Elle est superbe.
- Elle est restée immortelle, contrairement à nous."
Sans mot dire elle rangea la lame et le coffre, rebouchant la cache. Puis, précédant Aloon, elle se remit en route pour Rut'Theran et plongea dans les eaux froides de la mer.
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Non loin d'Astranaar, il y a moins d'un siècle.
Aloon fit tournoyer son bâton et feinta avec de porter un coup d'une rapidité étonnante, mais insuffisante. Son adversaire esquiva sans peine et tournoya pour lui envoyer un coup de pied dans le
ventre. Il évita, non sans mal, l'assaut et tenta une riposte maladroite qui lui valu un atémi dans le ventre, enchaîné avec une claque du revers de la main qui l'envoya valsé, souffle coupé, plus
loin dans l'herbe.
Roulant sur lui-même, il ferma les yeux. Ses paupières se rouvrirent sur un regard fauve et jaune, le loup noir, immense, se mit en position d'attaque et chargea l'Elfe calme qui le regardait, avec
une ombre de sourire sur le visage. Celle-ci fit un pas de côté et tourna sur elle-même. Dans le mouvement elle esquiva l'assaut et déséquilibra le loup juste assez pour lui faire faire un
roulé-boulé mémorable qui trouva fin dans le lac d'Astranaar. C'est un Aloon mouillé et essoufflé qui en sortit. Il s'inclina devant son adversaire qui s'empêchait tant bien que mal de rire. Allya
finit par lui sourire et l'aida à se redresser. Ils repartirent vers la ville, elle lui donnant des conseils que son expérience lui avait enseignée, lui écoutant attentivement, se préparant au
prochain entraînement avec sa tante.
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Astranaar, de nos jours, milieu de la nuit
Vêtue de sa seule robe de soie noire, Allya était agenouillée au chevet du druide mourant. Elle avait depuis longtemps perdu contact avec la réalité, laissant ses souvenirs l'ensevelir, l'emplir.
Joie, peine, bonheur, tristesse, nostalgie, promesse, douleur, serment, peur aussi, peur de ne pouvoir tenir son serment, la peur d'échouer, discrète, mais présente, tapie dans les ombres de l'âme,
rognant sur la lumière, étendant son domaine un peu plus chaque jour depuis près de douze siècles...
Soudain un gémissement la sortit de sa rêverie, elle se redressa sur ses genoux et posa la main sur le front brûlant de fièvre d'Aloon. Elle l'épongea et murmura des sons sans queue ni tête,
insistant juste sur le ton, doux au possible, pour calmer le mourant. Celui-ci, peut-être à cause du contact frais de la main sur sa joue, ouvrit les yeux, l'éclat d'or terni par la maladie
rencontra l'argent vif de ceux d'Allya, il sembla alors se détendre un peu et sourit, bien qu'avec difficulté.
Il chercha et parvint à capter le regard d'argent, lui posant une question muette. Allya se pencha et murmura à son oreille "Nul ne sait, Aloon, ce qu'il advient des morts. Mais tu resteras dans
mon cœur, avec ton père, avec Mitarine, avec ton oncle, avec tes grands-parents, et tous nos aïeux.
- Et ma mère ? parvint-t-il à articuler
- Tu n'as pas de tante, Aloon, tu n'avais qu'un oncle, Aldier, et un père, Eykolan, mon époux. Je voulais te protéger, je suis désolée..."
Sous le choc de la révélation, les yeux d'or s'agrandirent. Puis ils reconnurent les traits d'un souvenir. Le souvenir d'une mère crue morte depuis longtemps. Un évidence qui enfin se révéla, a
travers le mensonge, à travers la colère inutile, amplifiant la joie et la paix du cœur. puis ils murmurèrent un remerciement muet avant de se refermer. Aloon se détendit, souriant à celle dont il
avait toujours su qui elle était, cependant sans jamais le voir. Il se rendormit.
La nuit passa, puis un soleil timide apparu au dessus de la cimes des arbres centenaires de la forêt. Il fut bien vite caché par des nuages noirs, lourds de pluie, sombres et comme envoyés pour
priver de toute lumière les dernières heures du mourant. Allya resta, sans bouger, agenouillée au chevet de son fils. Elle prit soin de lui et fit son possible pour adoucir ses derniers instants,
épongeant la sueur de sa fièvre, le rafraîchissant au mieux dans l'air lourd d'avant l'orage...
Quand enfin le soleil sembla poindre à nouveau, ce fut pour passer sous les nuages et disparaître à l'horizon. La nuit prit ses droits, les étoiles, mères des Elfes, restèrent masquées par les
nuées. La Lune fit alors son apparition, blafarde et pâle comme la mort, entourée d'un halo qu'on distingua à travers les nuages. Puis elle finit par passer derrière une zone d'ombre plus épaisse,
pour disparaître. Aloon inspira alors bruyamment et toussa, puis s'apaisa. Alors qu'il rendait son dernier souffle, son visage se départit du rictus de douleur qu'il portait et sa main lâcha celle
de sa mère qu'il tenait depuis le matin. Au loin gronda le tonnerre, puis la pluie vint, écho céleste aux larmes d'Allya, amplification du chagrin d'une mère qui voit le dernier des siens mourir,
en la personne de son fils.
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Cimetière d'Astranaar
La pluie se mit à tomber de nouveau, Allya y resta insensible, tout autant qu'à tout autre chose depuis la veille au soir. Il avait fallu enterrer son fils assez vite, à cause de l'humidité de
l'air qui eu fait pourrir le corps. Derrière une Allya armée comme pour partir à la guerre, se tient Raene Mène-Loup, la chasseresse.
"Que vas-tu faire maintenant ?
- Je vais partir à la chasse...
- Quel genre de chasse ?"
Allya se retourna et plongea son regard dans celui de Raene. Raene eu un mouvement de recul, comme si c'était le regard d'un mort qu'elle voyait. Le regard d'un être n'ayant plus rien a perdre que
sa vie... et encore. Elle sut quel chemin serai désormais celui d'Allya. Elle la raccompagna aux griffons et lui donna l'accolade des chasseurs, lui souhaitant de la revoir un jour. Allya promit et
sourit, sans conviction concernant l'un comme l'autre. Puis elle partit vers un destin qu'elle n'avait fait que repousser jusqu'alors, et qu'elle était prête à embrasser enfin, pleinement, sans que
quoi que cela soit ne la retienne.
/HRP//J'aimerai dire que l'histoire d'Allya pourrait se terminer ainsi, mais ce serai faux. La
seule fin que présente cet écrit n'est autre que la manifestation du dernier caprice d'un joueur lunatique. Je ressentais le besoin de d'exprimer ce qui pouvait pousser quelqu'un à s'engager sur
une voie sans retour possible, dont on meurt un jour. Une voie au sein de celle qu'est la vie et sur laquelle, là non plus, on ne peut faire demi-tour.. pas réellement en tous cas. Pas
encore...
En espérant que cette histoire vous ai plus.//HRP/
A Astranaar, sur une tombe du cimetière, gît ce qui fut une queue de cheval dans la coiffure d'une Elfe, argentée et rendant à la Lune
son éclat. Elle est entourée des roses noires qui poussent parfois sur les tombes des Druides, et elle entoure elle-même le pied d'une unique rose blanche qui point là. Comme une larme d'ivoire
dans un océan de jais.