Mardi 9 février 2010
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La salle était immense. On en distinguait le plafond que par le faible éclat des cocons encastrés dans les piliers. Les cocons... Ce n'était la première chose que l'on remarquait. Ils irradiaient
d'une lumière changeante selon leur position, leur taille. Il n'avaient de commun que la forme, celle d'œufs encastrés dans des piliers millénaires. La salle semblait en vérité constituée de
milliers de voutes jointes par ces piliers irréguliers. Il étaient là, imposants, écrasants, immuables. Ils étaient là, comme s'ils étaient les fondation du monde, cœurs d'ombre d'un monde
ravagé, semés de lumière, de centaines de lumières.
Au sein de l'obscurité des abords de ce lieu, quelque chose, attendait. Ombre dans les ténèbres, elle s'avança. Silhouette nimbée d'une aura qui semblait absorber la lumière des cocons.
Entièrement drapée dans une cape sombre, une capuche sur son visage. Anonyme ombre, pourtant unique en ces lieux. L'ombre posa sa main sur un des cocons proches du sol. Un instant il ne se passa
rien. Puis elle fut prise d'une convulsion et rejeta brutalement la tête en arrière avant de se statufier. La capuche tomba en arrière, révélant une paire d'yeux rouges et une chevelure blanche
de neige. Des yeux rouges, rouge sang...
Jungles de la Planète Ariki, longtemps auparavant.
"Là ! Ils arrivent !
- Gladiateurs, en formation ! hurla le Bronze."
Dans un ordre parfait et comme une machinerie soigneusement huilée, les régiments au couleurs d'ébène et d'ivoire, en armure d'Ivaline, prirent position dans la forêt. On avait repéré les forces
humaines rebelles peu de temps auparavant. Non contents d'avoir massacré une communauté de pantheras, ils avaient aussi ravagé et pillé des villages humains qui ne voulaient pas les appuyer dans
leurs tueries. On avait dépêché les gladiateurs. Devenus forces spéciales d'intervention de l'Empire sur ce genre de situations, leur vaisseau-mère était arrivé en orbite de la planète
l'avant-veille. Dans les trois heures quelques centaines de combattants s'étaient posés sur le sol Arikien. L'armée était constituée de pantheras et d'humains qui allaient combattre côte à côte,
indifférents à tout ce qui pouvait les différencier.
En tête de l'armée qui avait prit position dans les bois, Eyris se tenait, son heaume sous le bras. Les premiers étendards se levaient au sein de ses troupes. Un surprise de l'Empereur, comme sa
nomination en tant que Commandeur d'ailleurs. Il était arrivé dans la cellule où ils croupissaient depuis déjà deux semaines. Il était accompagné par tous les hauts-officiers. Quand il était
ressortit de la cellule, elle était Commandeur, et dans ses mains une pièce de tissu...
"Le croissant barré de la lame... l'Ombre de l'Empereur. Qu'est-ce qui a bien pu le convaincre de me donner ce poste ?"
Le Bronze semblait avoir une idée, ainsi que quelques uns au sein de ses troupes, mais nul ne voulut rien dire. Avec un soupir et un sourire elle accepta le poste et commença à se faire un
nom. Hors des arènes. Aujourd'hui, environ deux ans après sa nomination, elle avait accumulé plus de victoires que le fils de l'Empereur, et plus que la plupart des plus anciens généraux. Quand
elle libérait des planètes, les populations l'adulait. Sa réputation montait en flèche, et le regard de l'héritier s'assombrissait un peu plus chaque fois qu'elle le croisait. Elle se contentait
de lui rendre un sourire polis et de continuer sa route.
Secouant la tête elle revint à la réalité. Se tournant vers ses troupes elle vit les étendards, l'impatience. Elle vit des gueules cassées, des cicatrices et de la souffrance. Puis les heaumes se
mirent en place sur tous les crânes. Elle regarda le Bronze et Ebène, un humain et un panthera, ses principaux Lieutenants. Elle croisa leurs regard, et elle y lu une foi indéfectible. Réprimant
un frisson et sa répugnance du fanatisme elle passa son propre heaume. L'avant était lisse, tel un masque. On y distinguait les traits d'un visage irréel. Une crinière blanche faisait partie
intégrante du heaume. La natte de cheveux tout aussi blancs d'Eyris semblait en jaillir. Saisissant Sa lance et son bouclier, elle descendit prendre place dans les phalanges.
Le premier coup de cor retentit. La vague sombre fit mouvement. Deuxième coup de cor, on accéléra. Au troisième les phalanges se dispersèrent dans les brumes qui hantaient la jungle à l'aube. On
n'entendit plus que le piétinement de centaines de bottes, le bruit étouffé par la brume des armures, le souffle des soldats. Pendant quelques minutes nul autre bruit ne vint troubler l'aube. La
jungle semblait se taire sur le passage de l'armée. Enfin, au loin on entendit les premiers cris, des ordres donnés à une armée. On ralentit. Tandis que les pantheras grimpaient dans les arbres,
les humains se mirent au pas et continuèrent d'avancer. Le silence était désormais total.
"En position ! On se dépêche ! Nous devons les prendre par surprise. Ces salauds d'Impériaux ne seront pas près avant le milieu de la matinée, on va leur montrer ce qui s'appelle faire la guerre
! Allez !"
Un léger ricanement fut audible un instant. Quelques regards amusés furent échangés dans la brume. Non seulement ils étaient xénophobes et racistes, non seulement ils étaient bruyants, mais en
plus ils étaient stupides. Eyris avait mené ses troupes de manière à contourner la position des rebelles. Le Bronze mènerait l'assaut frontal, les pantheras feraient ce qu'ils savaient le mieux
faire : harcèlement et suppression de cibles. Le mugissement du Bronze retentit. Ebène rugit depuis les arbres, Eyris se contenta de pousser un hurlement d'un puissance inouïe.
Charge. Echos des cris de guerre dans l'aube et la brume. Premier sang. Ordres donnés en toute vitesse. Chaos. Sang. Mort. Surpris les rebelles n'eurent pas le temps de s'organiser. Leur
formation sommaire fut percée et dispersée en quelques instants. Des flèches à pointe d'Ivaline plurent des arbres. Les blindages de simple acier de titane furent percés. Les lames commencèrent
leur moisson. Les décharges d'énergies partirent. Les rebelles durent bientôt abandonner leurs positions de tir. Le temps de rechargement de leurs armes était trop long. Les gladiateurs se
gardaient de tirer. Celui qui viderait son arme le premier devrait payer la tournée à son groupe.
Le dirigeant des forces rebelles eu le temps de se fortifier de l'avant. Sa position n'avait censément aucune faille maintenant qu'elle était bouclée. Le carnage continua à l'extérieur.
Etrangement les gladiateurs ne semblèrent pas vouloir s'approcher du bastion fortifié. Ils finirent le "ménage", puis se tinrent hors de portée de tir. Dans les tréfonds souterrains du bastion,
des soldats rebelles se préparaient.
"Je crois qu'on a des armes lourdes et des munitions au fond non ?
- Oui, il me semble, vas toujours voir.
Temps de silence
- Mais, c'est quoi ce truc ? ! Hey, à l'ai..."
Dans le même temps, au sommet du bastion, dans la salle du commandement.
"Que font-ils ? demanda le commandant rebelle
- Aucune idée, répondit un soldat, vous pensez qu'il vont nous assiéger ?
- Hmm peut-être, nous devons nous attendre à tout et n'importe quoi venant d'eux."
Comme pour confirmer ses dires un hurlement inhumain retentit des tréfonds du bastion. Un soldat couvert de sang déboula dans la salle où se tenaient les officiers. Il était à bout de souffle et
parvint tout juste à articuler quelques mots : "En bas... ils sont... nous... fichus." Il s'effondra sur le sol dans un ultime spasme. Sur son visage se lisait de la terreur pure. Un frisson de
malaise parcouru l'assemblée en présence. De nouveaux cris retentirent. Parfois on distinguait des phrases comme "Là, tires, mais tires bon sang !" ou "Ils nous encerclent ! Attention !". Souvent
aussi ces phrases se terminaient dans un gargouillis ou un hurlement de douleur. Et puis parfois les cris étaient de terreur, d'horreur et de douleur. Une explosion retentit. L'obscurité se
fit.
"Ils contrôlent la salle des machines, nous n'avons plus d'énergie. Nous sommes foutus.
- Silence, ordonna le commandant, prenez vos postes de combat, nous défendrons cette salle jusqu'à la mort. Quoi qu'il doive arriver par cette porte, nous résisterons !"
On barricada la salle. Les tables furent renversées, on fit des barricades sommaires. On pria aussi parfois. Dans l'obscurité les cris continuaient. On entendit un cri de terreur à nouveau. Dans
l'obscurité de la salle quelqu'un ne tint plus et fondit en larmes. On le fit taire. Tous les visages étaient pâles, inquiets. La tension était presque palpable. Le silence devint total au dehors
de la salle. Puis le sol commença à vibrer. Au loin, de l'extérieur du bastion, venait une clameur. On scandait un nom. On frappait le sol.
Le silence se fit de nouveau après quelques minutes, comme encore plus oppressant maintenant. Alors ce qui semblait être un chant s'éleva de l'autre côté de la porte. Tous eurent un moment
d'arrêt. Puis la porte commença à vibrer. Elle semblait résonner du chant. Tandis que la voix s'élevait vers les aiguë la porte vibrait de plus en plus. Enfin le panneau de métal renforcé
commença à gémir, il semblait ne pas supporter ces vibrations intenses. On hurla "A couvert", toutes les têtes disparurent derrière les barricades. Gémissement de métal froissée, souffle
monumental. Un panneau de métal traversa la pièce et partit se fracasser sur le mur du fond.
Tir, cris, fumée et poussière. On vida les armes à énergie dans l'embrasure de la porte. Silence. Fumée. Ordre bref. Ils découvrirent que si l'Enfer n'existait, on venait de le créer ici, pour
eux. Un déluge d'énergie brute tiré de l'autre côté de la fumée. Les premiers rangs de barricade et ceux qui les tenait furent hachés par les tirs parfaitement répartis sur la surface d'impact.
Sang, douleur. Cris d'agonie. Clameur de guerre.
Silence. Puis une voix qui parla. Elle semblait irréelle, incroyablement douce et calme, après le déluge de mort qui venait de s'abattre sur la salle.
"Rendez-vous."
Silence. Puis du fond de la salle un "Non, jamais, crèves !" un tir. Un impact. Un second comme si le tir avait rebondi. Un autre voix, profonde et grave "Je te l'avais dis. On va devoir les tuer
tous." Un feulement félin qui sembla acquiescer. La voix douce soupira.
Fumigène, nouvelle vague de tir depuis la salle. Rage et volonté de tuer. Silence. Comme si nul tir n'avait pu toucher quoi que cela soit. Une silhouette s'avança dans la salle, seule. Immense et
sombre. Il semblait qu'elle portait un masque, ses yeux rouges émettaient une faible lueur dans les fumées. Sa crinière blanche s'accordait et mettait en valeur les contrastes de couleur sur son
armure. Noir jais, blanc ivoire, rouge sang. Elle portait une épée à deux mains, comme monstrueuse. Elle bondit sur la première barricade et commença sa moisson de vie. On eu dit que la mort en
personne avait envoyé ici bas un agent pour faire sa récolte. Tous se jetèrent sur elle, hurlant. La plupart furent interceptés par d'autres êtres sortis des brumes. Ceux qui arrivaient à la
première silhouette finissaient morts également. Enfin il ne resta que le commandant. Il posa son arme et leva les mains au niveau de la tête.
"Vous allez me tuer, je le sais. Et j'aime autant. Mais j'aurai une question avant.
- Parles, intima l'être au yeux rouges.
- Qui êtes-vous ? Comment avez-vous fait ?"
Silence. La fumée se dissipe. On distingue l'être surnaturel. C'est une femme. Elle retire son heaume, découvre son visage fin et harmonieux. Ses traits simples et doux, mais cependant
durcis par la guerre et les combats. Elle sourit, ses yeux sont un gouffre sans fond, un gouffre rouge sang.
"Je suis Eyris, Ombre de l'Empereur. Nous avons investit le bastion avant que vous ne vous y repliiez. Des profondeurs nous avons pris vos troupes par surprise.
- Des survivants ?
- Pas chez vous.
- Alors je n'ai plus rien à faire en vie."
Eyris approuva du chef et leva sa lame. Elle décapita le commandant. Son visage n'affichait aucune expression. Elle venait de mettre fin à une rébellion, une de plus. Comme souvent depuis deux
ans.
"On nettoie tout ça, allez..."
Position inconnue, dans le présent.
La silhouette décolla sa main du cocon, elle soupira. La vision avait été moins longue cette fois. Elle reprit sa route vers ce qui semblait être le centre de la salle. Sa route vers le
présent...
(Suite sous peu normalement =)